La butte-en-gravois

En 1356, Etienne Marcel, prévôt des marchands, avait fait renforcer les remparts de Philippe Auguste pour défendre Paris contre les Anglais.

Une haute muraille partait de la Porte Saint-Denis (actuellement angle de la rue d’Aboukir) jusqu’à la Porte Montmartre (angle Montmartre-Aboukir).

Au-delà de cette muraille, depuis déjà le Xe siècle, les Parisiens venaient déverser toutes sortes de détritus, d’immondices et de décombres : ces « gravois » s’accumulèrent au point de former une butte artificielle assez élevée ; cette énorme accumulation de boues et de voieries provoquera même des exhalaisons qui firent donner au bas de la rue de Cléry le nom de Mouffetard (de moffette : émanation infecte) et au haut de l’actuelle rue des Jeûneurs celui de Saint-Roch, saint invoqué contre les épidémies.

Mais très rapidement la nature reprend ses droits et la végétation poussa, des arbres aussi, car dès 1530 on y voyait des maisons avec des vergers et des moulins. Cette colline s’est appelée au Xllle siècle Mont Superbe (très modestement), Mont Orgueil au XVe ; puis beaucoup plus simplement : la Butte-en-Gravois.

Peu à peu le quartier se peupla, car, malgré tout, l’air y est meilleur qu’à Paris, un Paris aux rues étroites, tortueuses, à l’odeur pestilentielle exhalée par les boues et les égouts passant en pleine rue.

La Butte-en-Gravois avait encore un avantage : de son sommet (actuellement 47 mètres) on avait une belle vue sur la ville (« un
beau regard »), et vers le nord sur la campagne marécageuse où, sur les bords de la Grange Batelière, on chassait la sarcelle et le canard sauvage.

Le nom de « Ville Neuve-en-Gravois » fut donné à ce nouveau quartier hors les murs ; on le trouve sur un plan de Paris de 1552 avec ses moulins ; d’où aussi le nom de « la Butte aux Moulins » ; nous connaissons les noms de cinq d’entre eux : le Moulin Vieux et le Moulin Neuf, le Moulin Basset, le Petit Moulin et le Moulin de la Motte. Peut-être les premières brioches de la Lune viennent elles de la farine de ces moulins.

Plan dit des Trois Personnages de 1532 : on voit la Butte aux Moulins, les remparts de Charles V (rues de Cléry et d’Aboukir).

La première église

La Ville-Neuve fut bientôt suffisamment habitée pour pouvoir réclamer un lieu de culte. La demande en fut faite à l’évêque de Paris et au curé de Saint-Laurent, et l’autorisation accordée en avril 1551 ; de son côté le Parlement le fit en avril 1552.

Commencée dès 1551, la chapelle mesurait 13 toises de longueur sur 4 de largeur et 4 de hauteur (soit 25 m sur 8, et 8 de hauteur), quelque chose de modeste. Elle fut placée provisoirement sous le vocable de « Sainte Barbe et Saint Louis près la pointe Saint-Denis » ; c’étaient probablement les noms des donateurs principaux.

Ce vocable ne dut pas rester longtemps, car le 23 décembre 1563, J.-B. Tiercelin, évêque de Luçon, vint bénir cette chapelle sous le nom de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

Las ! Déjà en 1562, François de Montmorency accompagné de son ingénieur, était venu inspecter la colline qui dominait les remparts et constituait par conséquent un danger en cas d’agression sur Paris ; Saint-Germe, l’ingénieur, dressa un plan des maisons à abattre, de points à fortifier pour que la butte serve de redoute en demi-lune en avant des remparts.

Ce ne fut cependant que le 23 mai 1591 que l’ordre fut donné de raser la colline et un délai de 24 heures pour évacuer ; Paris voulait se défendre contre Henri lV, le roi protestant.

C’est de la Porte Saint-Denis que Henri lV regarda défiler les troupes espagnoles évacuant la ville en mars 1594 et dit au duc de la Feria qui les conduisait vers Senlis : « Mes compliments à votre maître, mais n’y revenez plus ».

La conversion de Henri lV ne rendit pas aussitôt la vie à la Butte-en-Gravois. Ce n’est que peu à peu que les Parisiens revinrent habiter la Ville Neuve. Un plan de 1615 nous montre la colline moins habitée qu’en 1560 ; les moulins ont disparu ; moins de maisons et pas encore d’église.

Pour favoriser le peuplement de la colline, il fut proclamé que les commerçants ou artisans qui viendraient s’y installer seraient exempts de taxes.

Plan de Bâle 1552 : la Ville Neuve avec ses moulins se construit lentement au-delà des remparts de Charles V.

La deuxième église

Quand le quartier eut enfin repris vie, ses habitants obtinrent du curé de Saint-Laurent, Pierre d’Hardivilliers, l’autorisation de reconstruire leur chapelle moyennant une redevance au Couvent des Filles-Dieu, qui fut payée annuellement jusqu’en 1789.

Les travaux commencèrent en 1624 sur un terrain de 3.180 toises (6.100 m), pour une église, un presbytère et un cimetière.

Plan Mathieu de Merian 1615 : La Butte se repeuple péniblement ; on voit en haut du triangle les ruines de la première église.

Quand Anne d’Autriche, femme de Louis XIII, vint à la Ville-Neuve, elle s’intéressa à cette chapelle, l’agrandit et posa la première pierre du chæur (à peu près à l’endroit où elle se trouve actuellement) au mois d’avril 1628. Cette pierre fut trouvée en 1845 dans un débarras de l’église et replacée sur le mur de la première chapelle à droite ; elle se trouve maintenant à l’entrée de la sacristie. Elle porte l’inscription suivante :

« ANNE D’AVTRICHE Par La Grâce de DIEV ROYNE DE FRANCE et de NAVARE a mis et posé ceste Première Pierre dv Cævr de L’esglise de NOSTRE DAME DE BONNE NOVVELLES av mois davril de l’année 1628 ».

Première Pierre posée par l'impératrice Anne d'Autriche

Première Pierre posée par l’impératrice Anne d’Autriche

Au-dessus de I’inscription un écusson couronné aux armes, mi-partie, de France et d’Autriche entre une palme et une branche de laurier ; au-dessus les initiales L et A de Louis XIII et Anne d’Autriche, entourées de rameaux et, au centre, une médaille incrustée dans la pierre, en bronze doré de 56 mm de diamètre, offrant le buste de la reine profilée à droite, coiffée, en costume de cour avec la grande collerette, des pendants d’oreille, un collier de grosses perles et une croix étoilée sur le corsage ; en légende circulaire :

« ANNA AVGVS – GALLIÆ ET NAVARÆE REGINA »

On pense bien souvent et certains auteurs ont écrit que c’est Anne d’Autriche qui a donné à l’église de la Ville-Neuve le nom de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle en 1628, ajoutant même que c’est pour remercier la Vierge de lui avoir donné un dauphin après 23 ans de mariage ; or nous avons vu que la première église portait déjà ce vocable en 1563; et d’autre part le dauphin (Louis XIV) est né seulement en 1638, dix ans plus tard.

Ce qui est possible, sinon probable, c’est que la reine ait été attirée par le nom de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle qui est l’Annonciation, l’annonce faite à Marie qu’elle aurait un fils. Ce vocable d’ailleurs n’est pas nouveau ; on le trouve un peu partout (à Paris à l’abbaye de Saint-Victor, et au Mont Valérien) ; on le trouve au singulier et au pluriel.

Anne d’Autriche est-elle revenue à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle ? L’histoire ne le dit pas ; une si petite église n’attire pas l’attention des chroniqueurs. Cependant le tableau de Mignard représentant Anne d’Autriche et Henriette de France, reine d’Angleterre, nous prouve que la reine n’avait pas oublié sa petite église de la Butte ; il est même probable qu’elle ait voulu la doter d’autres æuvres d’art, commandées ou prélevées ici ou là.

Avec le temps, l’église groupa un nombre de fidèles suffisant pour que les marguilliers demandent au Roy d’ériger leur église en paroisse ; le 31 mai 1672 il fut fait droit à leur demande et le 22 juin 1673, l’archevêque de Paris, François de Champvallon nomma le premier curé Charles de Lestoc.

Les archives de la paroisse ayant été détruites pendant la Révolution il est difficile de connaître la vie de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle pendant les 130 ans qui suivirent.

Le quartier était plutôt résidentiel ; bon nombre de maisons du XVIIe et du XVIIIe siècles subsistent encore et suffisent à le prouver. Corneille a habité rue de Cléry ; Tourville est né rue Neuve-Saint-Eustache (rue d’Aboukir) en 1642 ; Sainte Louise de Marillac a habité l’enclos Saint-Sauveur (au 22) après la mort de son mari ; Necker et sa fille, Mme de Staë|, habitèrent l’hôtel de Cussy (rue de CIéry) et non loin de là, dans la même rue, Mme Vigée-Lebrun ; Joséphine de Beauharnais a résidé avant 1792 rue Thévenot (rue Réaumur, angle rue Saint-Denis dans la partie démolie). Fouquier-Tinville habitait 20 rue des Jeûneuns et s’est remarié à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (il signait alors Fouquier de Tinville). Le sinistre Hébert (le Père Duchêne) habitait rue des Forges, et son journal fut imprimé rue Sainte-Barbe (rue Thorel). André Chénier s’est caché quelques semaines rue de Cléry (la maison qui fait angle avec la rue Beauregard) ; Talma, le grand acteur de la Révolution et de l’Empire (qui joua devant un parterre de rois) est né rue Saint-Sauveur et a longtemps habité 28, rue des Jeûneurs. Benjamin Delessert avait son hôtel particulier 25 rue des Jeûneurs. Le comte de Montholon avait le sien boulevard Poissonnière au n°= 23. Le Maréchal Ney au 9 rue Notre-Darne-de-Bonne-Nouvelle.

(1) Un tout petit territoire en triangle, de la Porte Saint-Denis à la rue Poissonnière ; au-delà c’était encore Saint-Eustache, jusqu’en 1789.

Plan Jacques Gomboust en 1652: le quartier a pris forme.

Menaces sur Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle

La paroisse avait failli disparaître au profit de son opulente voisine, la paroisse Saint-Sauveur, dont la belle église mi-gothique mi-Renaissance se trouvait à l’angle des rues Saint-Denis et Saint-Sauveur (on peut encore voir son entrée au 183 rue Saint-Denis et la cour de l’immeuble rappelle le transept de l’église).

En 1779, il fut même question de supprimer les deux églises (Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle et Saint-Sauveur), pour en élever une autre au
centre des deux paroisses, entre la rue Réaumur actuelle et la rue du Caire, en empruntant une partie du territoire boisé du couvent des Filles-Dieu qui avaient une grande chapelle (au 227 rue Saint-Denis on peut voir le haut de cette chapelle) qu’on aurait démolie et agrandie. Le projet n’eut pas de suite.

Au contraire, Saint-Sauveur menaçant ruine, devait être démolie et reconstruite grâce à une loterie d’un million accordée par Louis XVI en 1784. En fait les travaux de démolition traînèrent en longueur, les frais avaient augmenté dans l’intervalle et en 1791 on s’aperçut que le citoyen Luret, chargé des édifices, avait dilapidé ou détourné 310.000 livres. Finalement l’édifice fut vendu : il fut tour à tour salle de spectacle et établissement de bains.

Plan Turgot en 1734 : admirez ce plan exécuté par l’architecte Louis Bretez et dédié à Turgot, prévôt des marchands, père du ministre de Louis XVl.

Sous la Révolution

Et nous voici arrivés à la Révolution ; en 1790 l’Assemblée nationale avait supprimé 27 paroisses sur 52 ; Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle fut
du nombre ; le curé Jacques Favre fut de ceux qui refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du clergé, seul d’ailleurs de son clergé ; les douze autres jurèrent, puis se rétractèrent, sauf le premier vicaire qui fut nommé curé constitutionnel de Saint-Nicolas-des-Champs.

La suppression de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle comme paroisse n’alla pas sans heurts et sans protestations ; les meubles furent dispersés et
les quatre cloches pesant 3.225 livres fondues pour faire des canons ; l’église devint un temple de la Raison, puis une salle de réunions politiques ou, en 1794, une salle de spectacle.

Le culte n’était plus célébré que clandestinement, soit chez les parents des mariés ou des baptisés, soit chez des particuliers, par exemple chez Mme Vigée-Lebrun, rue de Cléry. Trop compromis, elle et son mari furent obligés de fuir à l’étranger.

Et pourtant des prêtres courageux officièrent une fois ou l’autre en 1793 a l’église même ou à la chapelle des Filles-Dieu, 227 rue Saint-Denis ; en 1795 ils purent officier assez régulièrement, malgré les rapports des officiers de police.

En 1797, trois particuliers purent acheter l’église « pour la soustraire aux profanations et la conserver au culte ». Dès la fin de 1800, le Premier consul, te général Bonaparte, avait permis officiellement le rétablissement du culte. Nicolas de Cagny devint curé (de 1797 à 1826).

En l803 les trois propriétaires de l’église offrirent à la ville de Paris de racheter l’immeuble, à condition de le réserver au culte ; les pourparlers aboutirent ; la ville versa 60.000 francs.

Le monument avait souffert d’être resté plus de dix ans sans réparations ; bientôt il fallut envisager de reconstruire l’église ; ce ne fut qu’en 1823 que l’on commença la démolition ; on ne garda que le clocher ; et on prit sur le jardin curial qui longeait la rue de la Lune pour construire la nouvelle église.

La troisième église

Heures sombres et heures tragiques

Déjà en février 1831, l’église fut assaillie par une bande de 400 hommes, venus de Saint-Germain-l’Auxerrois, qu’ils venaient de mettre à sac ; l’œuvre de dévastation fut heureusement arrêtée par un bataillon de la garde républicaine.

En 1847 il fut question de nouveau de supprimer la paroisse et de la rattacher à la paroisse de Saint-Leu ; projet abandonné.

En 1853, pour flatter l’impératrice Eugénie, il fut décidé de construire une église dédiée à saint Eugène (faute d’avoir pensé à sainte Eugénie comme à Biarritz). Une fois choisi l’emplacement, on rogna sur les paroisses voisines : Saint-Vincent-de-Paul et Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Le curé, Brice Portalès, essaya vainement de faire comprendre que cette amputation de son territoire décentrait complètement sa paroisse ; rien n’y fit, il en mourut de chagrin ; son nom fut donné à la rue Sainte-Barbe (actuelle rue Thorel) et son cœur se trouve dans une urne de marbre à la chapelle du Sacré-Cœur, en face de celle du curé Nicolas de Cagny.

Il est certain que cette réduction de territoire était un coup dur ; c’était la partie la plus peuplée et la plus pratiquante. De ce fait la paroisse tombait de 35.000 à 25.000 habitants.

1871, L’ANNÉE TERRIBLE : après le siège de Paris, le soulèvement de la Commune. Le 11 avril, le curé, Victor-Emile Bécourt, fut arrêté, conduit à la Conciergerie, puis à Mazas et enfin à la Roquette, d’où il put sortir le dernier jour de la Commune le 27 mai, avec trois compagnons dont Mgr Surat, archidiacre de Paris ; rencontrés par une bande de « desperados », les quatre hommes collés contre le mur de la Petite Roquette furent fusillés parce que trois d’entre eux étaient des prêtres. Le corps de l’abbé Bécourt, parfaitement conservé, a été transporté du cimetière de Villejuif à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle le 17 février 1959. Il repose maintenant dans son église, dans la dernière chapelle au fond à droite ; une porte cellule de la prison de Mazas rappelle cet épisode sanglant.

Quelques jours auparavant, le 21 mai, pendant que les troupes versaillaises entraient dans Paris par la porte de Saint-Cloud, au bastion 64 non défendu, une bande de Bellevillois fédérés avait envahi l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, saccageant tout ce qu’ils trouvaient : chaises, grilles du chœur, lustres, lutrin, le maître-autel complètement détruit, ainsi que les reliquaires et quelques ornements. Une photo de l’époque nous donne une idée de cette dévastation.

Le sac de l’église le 21 mai 1871

Nous ne rappellerons pas les événements de la séparation des Églises et de l’État ; ces incidents qui hérissaient le curé Casabianca, nous paraissent aujourd’hui bien dépassés. L’entente la plus parfaite règne entre les services administratifs de la ville de Paris et le clergé. La ville de Paris, propriétaire du monument depuis 1803, s’occupe depuis longtemps de l’entretien et surtout depuis bon nombre d’années de la restauration des œuvres d’art ; nous lui devons ce renouveau, ce rajeunissement de notre église et de tout ce qu’elle contient.

Le renouveau

La paroisse a été récemment agrandie de tout ce qui, à l’est, appartient au deuxième arrondissement jusqu’à la rue Grenéta (en partie) ; il resterait pour recentrer l’église dans son territoire à lui redonner une partie au moins des rues qui la bordent sur le dixième arrondissement.

L’église a été complètement restaurée, intérieur et extérieur, de même que la plupart des tableaux et œuvres d’art ; on peut considérer qu’elle est plus belle que jamais.

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle aujourd'hui (NB : l'auteur a écrit en 1971)

Les quartiers de Paris sont en perpétuel devenir ; c’est la loi inexorable de l’évolution des villes ; chaque génération, chaque siècle laisse son empreinte. Il est évident qu’il est impossible de tout garder ; mais il est heureux que ne soit pas détruit l’essentiel de ce que nos prédécesseurs ont apporté.

Il ne reste rien du faubourg de la Butte-aux-Moulins ou de la Butte-en-Gravois, sinon les noms des rues Beauregard, de la Ville-Neuve, de la Lune et le relief du quartier aux rues étroites, montantes.

Du XVIIe et du XVIIIe siècles, quelques vieilles maisons à qui le ravalement a redonné une nouvelle jeunesse ; citons Ie joli petit hôtel, 9 rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle où habita le Maréchal Ney ; l’hôtel de Saint-Chaumont au 226 rue Saint-Denis, 2e cour (XVIIIe siècle), élégant, malencontreusement surélevé d’un étage, qui a besoin d’être restauré ; au 22 rue Dussoubs, sur cour, un bel hôtel du XVIIe dont la façade, au moins, est classée ; de nombreuses maisons, rue Saint-Sauveur, aux 12, 14, 16, 18, 20, 22 ; on les reconnaît facilement à leurs balcons, leurs ferronneries et leurs beaux escaliers ; l’hôtel de Delessert aux 23-25 rue des Jeûneurs ; l’hôtel Montholon au 23 boulevard Poissonnière, etc.

Mais disparus, hélas : les espaces verts, les jardins, tel l’enclos Saint-Sauveur de Melle de Marillac (Sainte Louise de Marillac) ou le Jardin des Filles-Dieu qui allait de la rue Saint-Denis à la place du Caire (on le voit sur le plan Turgot). Disparu aussi le magnifique hôtel d’Uzès et son jardin, démoli en 1820 pour faire (déjà !) des immeubles de rapport, de même que l’hôtel de Mme Vigée-Lebrun pour le percement inutile de la rue de Mulhouse (voir plan Turgot).

ll ne reste rien de l’église Saint-Joseph et de son cimetière (au coin de la rue Montmartre) où fut enterré nuitamment Molière (« un peu de terre obtenue par prière ») (Saint-Joseph dépendait alors de Saint-Eustache.) ; voir aussi le plan Turgot. A peine devine-t-on au 183 rue Saint-Denis, l’entrée de l’église Saint-Sauveur et dans la cour, ancien transept, la décoration Renaissance ; dans la cour du 227 rue Saint-Denis, la frise du mur de la chapelle des Filles-Dieu.

La maison de la Voisin (affaire des poisons) existe toujours, au 25 rue Beauregard ; on voyait même la fameuse chambre aux messes noires ; et peut-être reste-t-il encore le puits (comblé) du jardin, dont la porte de sortie se trouve encore au 17 rue de la Lune.

La cour des Miracles a disparu (même la dernière plaque de rue). Est-ce un mal ? De même que le nom primitif de certaines rues (Dussoubs, Marie-Stuart) qui rappelaient trop crûment la licence qui régnait dans ce bas quartier, non loin d’ailleurs des rues résidentielles (La « rue du Bout-du-Monde » s’appelle à présent la « rue Léopold-Bellan »).

De nos jours, le quartier n’est plus résidentiel ; les rues ont pris une autre allure, de plus en plus vouées au commerce, surtout celui du textile demi-gros (rues de Cléry et d’Aboukir et les rues adjacentes), tandis que « le Sentier aux loups » lui-même (textile en gros, naguère) tend à devenir un quartier de buildings.

Au sommet de la butte, l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle demeure le témoin des grandeurs passées, héritière des églises et couvents disparus, d’où lui viennent sans doute les richesses artistiques qu’elle renferme. Le 25 novembre, depuis 1926, les Catherinettes viennent fleurir la statue (XVIIIe siècle) de sainte Catherine au coin de la rue de Cléry et de la rue Poissonnière. La jolie statue de sainte Barbe (XVIe siècle), dans l’église rappelle que, patronne de tous ceux qui manient la poudre et le feu, elle a été l’un des vocables de la première église.

Enfin la belle statue du XVIIIe siècle, de la Vierge qui tend son Enfant, pourrait être de par son vocable même, la patronne de la
radio et de la télévision, elle qui nous a apporté la meilleure des nouvelles : que son Fils serait le Sauveur du monde.

Au cœur d’un quartier d’affaires, encore mal dégagé des immeubles qui l’enserrent, à peine visible des grands boulevards, l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle continue, en cette fin du XX. siècle à porter le témoignage des siècles passés.

Photo de la paroisse en 1971